Rédaction: Geoff Geddes pour Swine Innovation Porc   |  Traduction : Élise Gauthier

Les producteurs parlent des coûts d’alimentation comme la plupart des Canadiens parlent de l’hiver : ils s’en plaignent et n’en voient pas la fin. Si on connaît un bref répit chaque année pour ce qui est de l’hiver, les coûts d’alimentation, eux, demeurent un souci constant. C’est ce qui explique qu’il y ait de nombreuses recherches sur les façons de réduire ce poste de dépense. Dans une recherche récente, des chercheurs se sont penchés sur le lien entre les aliments et certaines pratiques de gestion. Les résultats obtenus sont étonnants.

« Nous avons déjà montré que nourrir les porcs avec des rations dont la teneur en énergie nette (EN) est constante mais plus faible permettait aux producteurs d’améliorer leurs revenus, comparativement à des rations contenant plus d’énergie » rappelle Miranda Smit, Ph. D., du ministère l’Agriculture et de la Foresterie de l’Alberta (Alberta Agriculture and Forestry).

Manger plus

Il faut comprendre que les porcs doivent pouvoir augmenter leur consommation afin de compenser la valeur énergétique plus faible d’un aliment. C’est généralement plus facile à dire qu’à faire, puisque dans les bâtiments l’espace et l’accès aux trémies peuvent être restreints et ainsi limiter la consommation d’aliments.  Y a-t-il un lien entre le niveau d’EN des aliments, la densité animale, l’espace disponible à la trémie et le sexe? Si oui, quel est donc ce lien? Ce que les chercheurs apprécient encore plus que les questions, ce sont des réponses. Ils se sont donc mis à la recherche de réponses en réalisant une étude sur 960 porcs castrés et 960 cochettes.

« Les porcs ont été logés dans 96 parcs. Les parcs comptaient des mâles ou des femelles, 18 ou 22 animaux, 2 ou 3 trémies d’alimentation et finalement, les rations attribuées à ces parcs avaient une teneur en EN faible (2,2 Mcal) ou élevée (2,35 Mcal). Les rations contenant moins d’énergie étaient à base de blé ou d’orge alors que celles avec plus d’EN étaient à base de blé et de pois et contenaient de l’huile de canola. Le poids global des porcs et la consommation apparente d’aliments par parc ont été mesurés pour chaque phase de croissance. »

Bien qu’à certains égards les résultats aient confirmé ce qui avait été démontré antérieurement, ils ont également fourni de nouveaux éclairages pour les producteurs.

Même gain?

« Cette fois encore, nous avons constaté que les porcs nourris avec les rations contenant moins d’EN ont consommé plus que les autres, sans que cela n’ait d’impact sur leur croissance. D’autre part, quand la densité animale était moindre, 18 animaux par parc, les porcs ont mangé un peu plus et ont obtenu une meilleure croissance que quand la densité était plus élevée (22 porcs par parc). Le surpeuplement implique que les porcs ont moins de chances d’avoir accès aux trémies et se développent généralement moins bien. »

L’ajout d’une trémie supplémentaire dans les parcs a permis aux porcs de manger plus. Toutefois, l’impact sur le gain moyen quotidien a été négligeable.

« Je crois que la trémie supplémentaire a favorisé le gaspillage des aliments. L’analyse de l’efficacité alimentaire permet d’établir qu’elle a légèrement diminué avec l’ajout de la troisième trémie. Il y avait alors trois places où les aliments pouvaient être gaspillés. Les porcs de ces parcs ont probablement mangé un peu plus, mais ont aussi gaspillé davantage d’aliments. »

Ce qui étonne le plus Miranda Smit dans les résultats, c’est ce qui ne s’est pas passé.

« Je m’attendais à voir des interactions entre la prise alimentaire et les trois pratiques de gestion : la densité animale, le nombre de trémies par parc et l’EN des rations. En fait, nous n’avons observé aucun lien entre ces paramètres. Le côté positif est que peu importe qu’il y ait surpeuplement ou non ou que vous fournissiez une trémie supplémentaire ou non dans le parc, vous pouvez servir aux porcs des rations faible en EN et ils obtiendront tout de même une bonne croissance. Il s’agit de résultats intéressants. Lors des essais antérieurs les rations faibles en EN avaient bien fonctionné et avaient permis de réduire les coûts d’alimentation. Nous avions alors supposé que tous les autres pratiques de gestion devaient être parfaites pour que ça fonctionne. Les résultats de cette recherche suggèrent que ce n’est pas le cas. »

Bien que ce projet confirme une fois de plus que les rations faibles en énergie nette permettent de réduire les coûts d’alimentation, il demeure important que la proportion entre les acides aminés et l’énergie ne soit pas altérée substantiellement. Sans ça, les résultats seront décevants pour les producteurs. Aux intéressés, Miranda Smit conseille vivement de consulter un expert en nutrition avant d’aller de l’avant avec des rations contenant moins d’EN.

Nos connaissances sur les aliments et sur les façons de réduire leurs coûts ne cessent de s’améliorer. Qui sait si on n’arrivera bientôt au point où il n’y aura plus lieu de se plaindre des coûts d’alimentation élevés. Mais soyez sans inquiétude : on pourra toujours continuer à se plaindre de la météo.

Pour obtenir plus d’information sur cette recherche, veuillez contacter :

Miranda Smit 
Courriel : miranda.smit@gov.ab.ca
Téléphone : 780 427-8409

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